Les compagnies aériennes sur la piste de réductions de leurs émissions de CO2

(Article paru dans le journal « Le Monde » du 29/10/2010)

Plafonner à partir de 2020 les émissions de CO² du secteur aérien. C’est l’objectif d’une résolution adoptée le 8 octobre à Montréal par les 190 pays membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Cette industrie en plein essor mise sur le renouvellement des flottes et l’amélioration du rendement des moteurs (2%par an), mais aussi sur une meilleure organisation du trafic aérien.
Depuis plusieurs mois, les compagnies aériennes, soucieuses de contenir leurs énormes dépenses de carburant (4,7milliards d’euros par an pour Air France) organisent des «vols verts» expérimentaux avec la collaboration des autorités aériennes. «Pour optimiser un vol, il faut introduire les bonnes pratiques avant même le décollage», insiste Laurent Renou, responsable du projet Air Trafic Management» chez Air France.

Désormais, pendant l’embarquement, la consigne est donnée de connecter la climatisation de l’avion à l’alimentation électrique de l’aéroport plutôt que de solliciter le réacteur auxiliaire de l’avion.
Pour fluidifier le trafic vers la piste d’envol –un avion qui attend 10minutes en bout de piste avant de décoller brûle 50kg de kérosène –, des tentatives sont menées afin d’améliorer la coordination des différents protagonistes, ce qui ne va pas de soi : «Les services météo, l’aéroport, la tour de contrôle et les compagnies font leur travail chacun de leur côté, mais personne n’a de vision transverse de la situation», regrette Eric Prévot, commandant de bord chez Air France. Une fois en vol, la principale source de réduction de la consommation réside dans l’assouplissement de l’organisation des paliers permettant de mieux répartir le trafic. Or, ces paliers sont source de surconsommation: plus un avion s’allège, plus il doit prendre de l’altitude pour s’approcher de son optimum.

«Vols optimisés» «Idéalement, il faudrait disposer d’une marge et choisir l’altitude la mieux adaptée, celle qu’indiquent les calculateurs, mais pour le contrôle aérien cela équivaut à réserver deux niveaux d’altitude au lieu d’un seul», souligne Eric Prévot. Une organisation difficilement envisageable dans les espaces aériens les plus denses. Lors des phases de descente, remettre les gaz pour respecter les paliers préétablis peut aussi compromettre tous les efforts de réduction de consommation engagés depuis le décollage.

Les grandes compagnies considèrent que le jeu en vaut la chandelle. Comme d’autres, Air France a mis sur pied un programme de «vols optimisés» organisé à travers l’espace atlantique et associant services de navigation, constructeurs aéronautiques et aéroports. Ces vols débuteront dans les prochaines semaines. Une liaison Paris-New York assurée par le gros-porteur Airbus A380 bénéficiera de conditions particulières lors de la phase de roulage et pourra ajuster son altitude lors de la traversée des espaces aériens de Gander (Canada) et Shanwick (Royaume-Uni). Air France espère ainsi réduire les émissions de CO² de 3tonnes par vol, soit une économie de près d’une tonne de kérosène.
De même, les vingt-sept vols quotidiens entre Toulouse et Paris-Orly seront «optimisés» sous peu avec l’adoption d’un niveau de croisière spécifique et d’une procédure de descente continue. Résultat escompté: 1,5tonne de CO² de moins par aller retour.
Enfin, la liaison entre Paris-Orly et Pointe-à-Pitre devrait permettre de faire l’économie de 3tonnes de CO²par vol.
Jean-Michel Normand

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