Publié dix-huit ans apres sa rédaction, un décret limite les vols des hélicopteres pour réduire les nuisances sonores

(Extrait du journal « Le Monde » du 23 octobre 2010)

Nous payons pour le comportement de quelques milliardaires qui, l’été, prennent leur hélicoptère pour aller déjeuner sur la plage dans le golfe de Saint-Tropez.»
Gérard David, le président de l’Union française de l’hélicoptère (UFH), fulmine à l’idée de voir entrer en vigueur un décret limitant les vols de ces machines dans les zones à forte densité de population. Ce dépit est partagé par l’ensemble de la filière, des constructeurs aux pilotes. Pendant dix-huit ans, ils ont combattu ce texte. En vain. Jeudi 21 octobre, le décret d’application de cet article du code de l’environnement voté en 1992 a été publié au Journal officiel.
Pour réduire les nuisances sonores, il interdit les vols touristiques circulaires sans escale, ou avec escale de moins d ’une heure. Il limite les vols d’entraînement et à caractère d’essai, et le trafic des hélicoptères au départ ou à destination des aérodromes situés dan des zones à forte densité de population.

« Pourquoi la France veut-elle aller plus loin que le texte européen qui va s’appliquer à partir de 2012 ? » s’interroge Dominique Orbec, président de la société de conseil Flight-Deck. Pour lui, l’une des réponses tient à la mauvaise image de ce mode de transport, critiqué depuis de nombreuses années par les écologistes pour son bruit et associé aux riches.Or la jet set ne représente que 2% de l’activité globale. Celle-ci se divise en deux: 40%consacrés au transport de passagers, dont 20% pour le SAMU. Les 60% restants concernent le travail aérien (installation de pylônes, entretien de ligne à haute tension, imagerie aérienne, diffusion du Tour de France…).
« Cette situation se traduit dans les ventes en France qui stagnent alors qu’elles ont été multipliées par deux dans le monde ces cinq dernières années », constate Pierre- Olivier Mathian, directeu du marketing d’Eurocopter, leader mondial du marché, filiale d’EADS.
C’est pour le moins paradoxal dans un pays où est implanté le principal fabricant d’hélicoptères. » Il regrette aussi que le décret n’ait pas pris en compte l’amélioration des performances techniques. « Depuis dix-huit ans, les hélicoptères ont réduit par deux leurs nuisances sonores », souligne-t-il.

Concrètement, le texte «limitera nos activités car nous intervenons souvent dans des zones très habitées », déplore Thierry Couderc, délégué général de l’UFH, évoquant la pose des antennes ou des climatiseurs sur le toit des immeubles.
Les répercussions pourraient allerjusqu’à la diffusion du Tour de France, qui bénéficie du soutien d’une dizaine d’hélicoptères. Selon M.Couderc,«cela va compliquer les retransmissions télévisées et il sera plus difficile d’attirer des sponsors».
«Si je ne peux plus faire de vols d’entraînementdepilotes, de baptêmes de l’air, je serai obligé de déplacer mon entreprise hors de France», prévient de son côté Edouard Maître, directeurd’Heli-Horizon,installé en région parisienne.

Pour d’autres raisons, ce décret ne satisfait non plus pas la fédération France Nature Environnement. Celle-ci critique la définition retenue de «zones à forte densité » et juge que le décret passe à côté de son « enjeu » principal, à savoir «protéger les populations exposées au bruit». La publication de ce décret relance les spéculations sur le devenir des héliports aux portes de villes, notamment celui de Paris – Issyles-Moulineaux, contesté depuis de nombreuses années par les riverains pour ses nuisances sonores.
Voici deux ans, un accord avait été trouvé avec le ministre des transports, Dominique Bussereau. L’héliport s’était engagé à réduire son trafic pendant que les pouvoirs publics cherchaient des zones pour ouvrir trois hélistations. Si des lieux ont été trouvés vers Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Bercy et La Défense (Hauts-de-Seine), aucune décision n’a été prise.
Parallèlement, pour répondre aux demandes des élus locaux et des riverains, d’autres mesures ont été décidées jeudi. Elles modifient les procédures de décollage et d’atterrissage. «Cette contrainte supplémentaire nous oblige à des manoeuvres plus resserrées et donc plus bruyantes en contradiction avec le décret, souligne M. Couderc. C’est d’autant plus surprenant que les deux textes ont été publiés le même jour.»
Dominique Gallois

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